Je veux rentrer chez les gens par la porte de leur âme - Version originale en français
Je
veux rentrer chez les gens par la porte de leur âme.
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Toc – toc! Qui est-ce?
Une aventurière déboussolée qui cherche un instant de
répit pour remettre à jour son orientation émotionnelle.
Ne
me laissez pas sur le palier, car je vois un rayon de votre lumière dans
l’embrasure de votre être profond.
Il
fait froid dehors, dans la glace des conventions qui me perce jusqu’à l’os.
Je
frissonne dans ma peau de personne, dans ma peau de femme, fardée, fatiguée.
Mes rides sont des sillons creusés par des larmes jamais pleurées.
Par
politesse, je les ravale. Leur sel sur ma langue me rappelle que je suis
vivante et que je peux nourrir mon ventre de ma peine.
Laissez-moi
déposer mon fardeau de bonjours trop polis, me dépouiller de mes apparences, me
laver de mes peurs, avant de pénétrer dans le royaume de votre être.
Je
suis lasse de ne vous percevoir que derrière des écrans, devant lesquels
subrepticement vous voyez se refléter l’image de vos lassitudes.
Je
suis lasse de ne vous voir que derrière des vitres trop bien lavées de salles
de conférence gigantesques où je me sens toute petite.
Je
suis lasse de composer un personnage pour mieux être en relation avec le vôtre.
Je
ne veux pas de votre beauté pixélisée. C’est face à face que le charme opère.
Les
pigments de notre peinture personnelle s’arrangent en un bien beau tableau.
Nos
rouges sont sur toutes les lèvres. Nos bleus se font un sang d’encre et
s’angélisent en tendant vers le plus clair du ciel.
Car
nos printemps approchent, alors même que nous sommes à l’automne de nos vies.
Même
en hiver, nous colorions en débordant des lignes prescrites, la teinte des étés
glorieux de nos espoirs se répand hors des cadres.
Nos
oranges s’orientalisent et font appel aux épices. Nos roses bonbons de filles
pas sages s’étirent en bulles de chemin- gum. (Gomme à mâcher).Comme nous elles
sont prêtes à éclater, de rire cette fois-ci, car les larmes sont transparentes
et n’ont pas leur place ici.
Âme
de ce siècle, quelles fêtes préparez- vous derrière vos portes closes?
Passez à travers les écrans, pulvérisez les
possibles, comme autrefois Alice de l’autre côté du miroir. Le Pays des
Merveilles va se manifester, car nous sommes les merveilles de notre propre
pays.
Je
veux rentrer chez les gens par la porte de leur âme.
Et
si comme une cambrioleuse, je dois passer par la fenêtre, alors oui, je le
ferai, avec le souci de ne rien voler, mais de déranger, un peu.
Chez
vous je veux secouer les tapis de la routine, la poussière va s’envoler, plus
rien ne sera à la même place. On ne sera plus des gens rangés, mais des électrons
libres.
On
grimpera sur les tables, on prendra la belle vaisselle pour s’installer par
terre et faire un festin en mettant en commun nos ressources humaines.
Faites
place à la lumière, dévoilez vos doux vices, ceux qui consolent et permettent
de vivre un petit jour de plus, ceux qui rendent la vie plus supportable et la
mort moins effrayante.
Sortez
vos vins et vos parfums précieux, ceux qui incommodent les gens du métro qui
veulent se fondre dans la masse, les Monsieur- Madame passe-partout qui vont et
viennent mais n’arrivent jamais nulle part. Ces parfums qui restent quand vous
n’êtes plus là, ces parfums-là, ces parfums d’être, mettez – les, ce soir même.
Demain,
on ne sait pas de quoi le jour sera fait, de quelles odeurs de renoncement il
faudra s’accommoder, de quelle couleur il faudra repeindre nos ailes, sûrement
en gris béton, en gris ennui, pour voler bas dans le paysage.
Sortez
des tiroirs ce qui incommode, car pour me plaire, il ne faudra pas lésiner.
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Toc toc, qui est là, c’est la marchande de roses des sables.
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