Montréal, 2016
Je n'ai rien à vous dire. Juste que je pleurais hier. Mais vous n'en savez rien, car mes yeux sèchent vite et mes larmes coulent sur les strates de souvenirs et de peines jurassiques. Je suis un serpent qui a trop de peaux mortes. La mue opère, chaque instant, chaque moment, laissant le coeur à vif, mais n'exposant pas l'âme. Je dois prétendre vous obéir, je me rebelle à l'intérieur, à terre sont mes vêtements. Déshabillée de mes appâts, je marche couverte de vos oripeaux de clown administratif. Il n'y a plus assez de cils, aux ouvertures de mon âme, les larmes se glissent et retrouvent leur berceau d'origine. Vos voix magnétiques me sortent du sommeil, trop tôt, me poussent dans les recoins d'une vie aux aurores trop médiocres. Dans vos bureaux, votre air de conditionnement assèche les rêves. Mon reflet se désespère dans les vitres de vos gratte-ciels arides, de vos cages aux barreaux que j'empoigne avec le désespoi...