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Patchouli
Je ne suis plus
new-age.
J’ai arrêté, tout
arrêté : la méditation, le yoga. Je ne me mets plus en transe aussi
facilement qu'autrefois, tout du moins sans l'aide de chocolat.
Je ne sais pas faire la position du Cobra, ni un bon vieux Chataranga. Je ne suis plus aussi souple. Recalée au nirvana.
Je ne serai jamais une adepte fervente de quelque gourou. Mon 3ème
œil semble ne pas se situer vraiment entre mes 2 sourcils, plutôt au niveau du
nombril, ou en dessous, vous voyez?
« Lève les yeux
comme si tu voulais regarder l'intérieur de ton crâne. » À cette injonction, je
me sens, comment dire ? Inquiète. Il fait noir là-dedans. Et s'il n'y
avait rien dans ma boîte crânienne ?
Allons voyons, je pense donc je suis, ou est-ce plutôt je suis donc je pense ?
J'ai mal derrière les globes oculaires. Ça me donne une douleur comme celle après un lendemain de cuite. Vous connaissez sûrement ça.
Namasté, mes frères, mais très peu pour moi. Il fallait que je cesse vous comprenez. Je ne suis pas zen, pas cool ou illuminée. Je suis un être sombre et rancunier.
Vous n'allez
jamais transformer le schtroumpf grincheux en être de lumière en lui insérant
une ampoule allumée dans le postérieur.
J'ai arrêté de me shooter les narines à l'encens ; l'odeur boisée, enivrante du patchouli est comme les clochettes de monsieur Pavlov, elle déclenche l'instinct de survie. Au lieu de saliver, j'ai envie de cracher par terre, et de retrouver ma punk attitude, qui, comme le Titanic, n'a pas résisté à l’iceberg de la réalité, mais est là, tout au fond, et ne demande qu’ à refaire surface. My Heart will go on. More like : My Heart will rock on ! Yeah !
M'asseoir en tailleur fâche mes genoux pré-arthritiques, mes
chevilles s'engourdissent.
À ma première et
dernière séance de méditation collective, j'ai passé tout mon temps à me
demander si, comme la nonne bouddhiste qui nous initiait, je pourrais me tondre
la tête. Oui, je pensais à cela pendant que mes congénères devaient méditer sur
l'état du monde ou voir apparaître leur maître spirituel. Le crâne lisse de la
nonne était un point que la petite voix intérieure ne cessait de débattre : « Hot
or not ? »
Mon karma est
foutu. J'ai 2 petites statues de Bouddha chez moi. Made in China.
Une amie continuait
de me dire que tout n'était qu'illusion, Maya. Elle voulait s'isoler sur une
montagne, méditer. Elle en avait assez de ce monde et voulait vivre dans la
vérité, disait-elle, près de Dieu. Cette image me rassurait.
La voir au sommet
d'une montagne, sereine, me remplissait de joie, jusqu'à ce que SFR ne brise le
rêve pour me rappeler que je leur devais 152,98€. J'avais envie de croire que
tout n'était qu'illusion, depuis quelques semaines. Je regardais mes factures de
haut : Maya, illusion que cela.
Mais la seule
montagne sur laquelle j'étais perchée, c'était une montagne de factures et ma
dette karmique devait sûrement être plus basse que ma dette financière. La
faillite de l'âme, peut-être, celle du porte-monnaie, sûrement. Mon style de
vie banquet mène à la banqueroute. Voici la sagesse issue de l'expérience que
je peux partager. Ne me dites pas merci.
Voilà, je ne suis
plus new-age, c'est fini. Je ne suis plus la fille qui croit que ma pensée va
faire bouger des montagnes. Je n'arrive même pas à utiliser les forces de mon esprit
pour me sortir du lit. Mon ange gardien ou mon guide ne va pas s'annoncer pour
me dire que, à partir de maintenant, je suis protégée.
Fini les
assurances-vie et les contrats de prévoyance sur les maladies génétiquement
transmissibles. Fini de s'inquiéter pour un rien. Tout est sous contrôle.
À la pensée de
devoir chanter OM, mes petits doigts de pied se convulsent d'horreur. J'ai des
sueurs froides quand je vois les lunettes design de Deepak Chopra.
Le pouvoir du
moment présent ne consiste pour moi qu’à avoir la maîtrise de mes sphincters en
faisant la queue pour accéder aux toilettes d'un concert en plein
air. Je ne contrôle rien, et surtout pas mes pensées, qui alimentent le petit
hamster qui court dans sa roue, là-haut dans ma tête. Je vais l'appeler : Chakra.
Vroum vroum !
Je sais qu'il
devrait exister d'autres réalités. Peut-être une où je suis en train de siroter
une boisson bio et exotique autour d'une piscine d'eau de mer et où je peux me
permettre de croire que la réalité est multiplement belle. Pour le moment, je
me concentre sur la charmante médiocrité d'une vie confortable.
Mais pitié ! Pas
de patchouli, de bols tibétains, d'incantations vers la lune. Je regrette les
heures passées à frotter mon quartz rose en pensant que le génie allait
apparaître.
Je renonce à
mettre ma foi dans des processus de développement personnel impliquant
l'utilisation massive de ma carte bancaire au profit de coaches et de guides spirituels,
je préfère les spiritueux, merci.
Peut-être au lieu de se tourner vers le nouvel âge, je vais accepter mon vieil âge.
Mon animal totem
n'est pas le loup, comme je le pensais, mais le paresseux. Suspendue tête en
bas, histoire de ne pas faire comme tout le monde, je regarde vers le ciel,
enfin, quand je peux garder les yeux ouverts. La vie est si douce, dans le
repos, la lenteur et la recherche du plaisir tangible, à portée de main, et du
bonheur, là et maintenant.
Fuck le new-age !
Je ne suis plus new-age, vous m'en voyez fort aise.
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